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Réalités de l’exploitation artisanale et à petite échelle du cuivre et du cobalt dans la province du Lualaba, en RDC

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Le cuivre et le cobalt sont essentiels à l’économie de la RDC, représentant 90 % de la valeur totale de ses exportations en 2023. Avec de vastes réserves concentrées dans la « Ceinture de cuivre » qui s’étend à travers les provinces du sud-est de la RDC, notamment du Lualaba et du Haut-Katanga, la RDC se trouve au cœur de la concurrence mondiale pour ces deux minerais, indispensables à la transition énergétique et à l’électrification. La Chine domine actuellement le secteur grâce à une série de joint-ventures avec des entreprises publiques congolaises, tandis que l’Europe et les États-Unis cherchent à sécuriser un approvisionnement, notamment par le biais de partenariats stratégiques.

Aux côtés des exploitations industrielles, plus de cent mille mineurs artisanaux extraient du cuivre et du cobalt dans la région. Bien que les acteurs industriels aient tendance à se distancier de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (EMAPE) pour éviter les risques de répercussions sur leur réputation – liés aux conditions de travail dangereuses et au travail des enfants adjoint à l’EMAPE –, ces deux secteurs sont étroitement liés. En raison d’un manque de zones légales dédiées, l’exploitation minière artisanale se pratique en grande partie sur des concessions industrielles et dans des zones résidentielles, ce qui constitue une source de préoccupation pour l’industrie comme pour l’État.

Afin de mieux comprendre le secteur de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle du cuivre et du cobalt ainsi que ses défis, IPIS a collaboré avec le service minier congolais SAEMAPE et l’organisation de la société civile IBGDH, basée à Kolwezi, pour cartographier 51 sites miniers artisanaux et de petite échelle dans la province de Lualaba et mener des entretiens avec des acteurs clés du secteur minier. L’étude examine la production, les acteurs de la chaîne d’approvisionnement et les pratiques commerciales, l’ingérence d’acteurs armés ainsi que la coexistence difficile entre l’exploitation minière artisanale et les acteurs industriels, afin d’identifier les principaux obstacles entravant la mise en œuvre du cadre réglementaire et limitant le potentiel du secteur en matière de développement local.

Le paysage de l’exploitation minière artisanale et la chaîne d’approvisionnement nationale : informalité, accaparement par les élites et influence étrangère

La forte demande mondiale et les prix élevés rendent l’exploitation artisanale du cuivre et du cobalt relativement lucrative, assurant la subsistance de nombreuses personnes dans les provinces du Lualaba et du Haut-Katanga. Malgré la prédominance masculine du secteur, les femmes étant souvent exclues des activités d’extraction les plus lucratives sur les sites, le rapport montre que l’exploitation minière artisanale et à petite échelle offre néanmoins aux femmes des opportunités d’emploi directes et indirectes essentielles, leur permettant de bénéficier des retombées économiques du secteur.

Le rapport souligne également comment le secteur de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle du cuivre et du cobalt a historiquement été influencé par les fluctuations des prix internationaux et les activités industrielles, les mineurs passant fréquemment d’un minerai à l’autre en fonction des conditions du marché. En mai 2025, au moins 109 000 personnes exerçaient activement une activité d’extraction de cuivre et de cobalt sur les sites visités par IPIS. Les niveaux exacts de production sont toutefois difficiles à mesurer, car les données d’origine sont souvent perdues le long de la chaîne d’approvisionnement et la production de l’EMAPE est fréquemment mélangée à des minéraux industriels lors du traitement.

Sites d’exploitation artisanale de cuivre et de cobalt visités dans la province du Lualaba (2025).

Le Code minier congolais limite l’exploitation minière artisanale et à petite échelle aux Zones d’Exploitation Artisanale (ZEAs) désignées. En raison d’un manque de ZEAs (viables), de nombreux mineurs artisanaux opèrent toutefois de manière informelle sur des concessions industrielles ou dans des zones résidentielles. Comme le montre le rapport, si ces activités sont parfois qualifiées de « clandestines », elles sont aussi parfois « tolérées » par certains titulaires de concessions industrielles, afin de préserver la paix sociale.

Bureau de la coopérative SCOOPS M.M., qui gère les activités artisanales de la mine de Tshipuki.

De plus, le Code minier exige que les mineurs artisanaux exercent leur activité dans le cadre d’une coopérative. En théorie, les coopératives sont créées par des groupes de mineurs artisanaux afin de coordonner leurs activités, de partager les coûts et les recettes, et de renforcer leur pouvoir de négociation face aux acteurs des secteurs public et privé. Cependant, dans la province du Lualaba, les coopératives sont souvent détenues par des particuliers qui emploient des mineurs artisanaux, et sur la moitié des sites miniers visités, elles étaient perçues comme un fardeau pour les creuseurs artisanaux. Cette situation s’expliquait par des redevances de production excessives, un manque d’investissement, des pratiques d’achat abusives et la semi-industrialisation des activités minières au détriment des mineurs artisanaux. Ces dernières années, l’exploitation minière semi-industrielle s’est en effet développée en réponse à l’épuisement des gisements et à l’influence d’investisseurs étrangers et d’élites locales cherchant à maximiser leurs profits.

Bien que le Code minier réserve les droits d’extraction et de commerce artisanaux aux ressortissants congolais afin de favoriser l’émergence d’une classe moyenne locale, les chaînes d’approvisionnement de l’exploitation minière artisanale sont dominées par des réseaux commerciaux étrangers, principalement chinois et libanais, qui investissent dans les activités commerciales locales.

Formalisation de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle : les obstacles à surmonter

Malgré son importance en tant que source d’emploi, le secteur de l’EMAPE du cuivre et du cobalt est confronté à d’importants défis qui empêchent les communautés locales d’en tirer pleinement profit. Le rapport a identifié plusieurs enjeux qui nuisent au développement local et contribuent à une perception négative du secteur, éclipsant son importance économique. Parmi les principaux défis figurent :

  • Espaces légaux limités pour l’exploitation minière artisanale (Zones d’Exploitation Artisanale) – faute de ZEA viables, les mineurs artisanaux travaillent de manière informelle et dans des conditions précaires sur des concessions industrielles.

  • Conditions de travail et de vie dangereuses – Les mineurs travaillent dans des conditions dangereuses en raison d’investissements insuffisants dans l’entretien et les équipements de sécurité, ainsi que d’une surveillance minimale de la part de l’État. Les communautés voisines sont confrontées à des risques sanitaires, à une exposition élevée aux métaux et à la contamination des terres agricoles.

  • Le travail des enfants – Contrairement à l’idée reçue, les enfants (âgés de moins de 18 ans) ne représentaient pas plus de 0,6 % de la main-d’œuvre sur les sites visités. Leur présence s’explique souvent par la proximité des sites avec les villages voisins. Certains enfants effectuent des tâches auxiliaires telles que le transport et la vente de nourriture, de boissons ou de biens de consommation.

  • Une surveillance et une traçabilité limitées – Les services de l’État ne disposent pas des capacités nécessaires pour assurer une surveillance permanente, ce qui contribue à un manque de transparence. Il est difficile de retracer l’origine des minerais de cuivre et de cobalt, car la production issue de divers sites d’EMAPE est mélangée à du minerai industriel au niveau des entités de traitement.

  • Pratiques d’achat abusives – Les dépôts recourent souvent à des pratiques d’achat abusives, notamment la manipulation des balances, la sous-rémunération et le mépris de la valeur des minéraux secondaires, tandis que les acheteurs étrangers exploitent leur position de monopsone de facto pour faire baisser les prix. De plus, des services de l’État non mandatés sont souvent présents dans les mines, cherchant à tirer profit des revenus générés par l’EMAPE. L’armée congolaise était par exemple présente sur 64 % des sites visités, imposant des taxes illégales, saisissant la production et monopolisant la vente de biens de consommation. Dans certains cas, elle s’engage également dans des opérations minières par le biais de préfinancements.

  • Intégration verticale (illégale) des investisseurs étrangers – Le progrès socio-économique local dans le cadre du commerce des minerais de cuivre et de cobalt est compromis par l’intégration verticale des capitaux étrangers, car de nombreux dépôts font office de maisons d’achat détenues par des investisseurs étrangers, opérant par l’intermédiaire d’hommes de paille locaux. Dans certains cas, les coopératives elles-mêmes sont contrôlées par des négociants internationaux qui préfinancent leurs activités.

  • Politisation et accaparement par les élites des coopératives minières – Alors que les coopératives sont censées renforcer la position des mineurs, elles sont souvent détournées par les élites locales pour servir leurs propres intérêts.

  • Coexistence difficile entre l’exploitation minière à grande échelle et l’exploitation minière artisanale– Les tensions entre acteurs industriels et artisanaux restent vives. Les mesures de sécurité visant à protéger les concessions industrielles se traduisent fréquemment par des actes d’intimidation et des pratiques violentes à l’encontre des mineurs artisanaux.

  • Tensions croissantes dues à la mécanisation – Les exploitations semi-industrielles, plus rentables, sont en augmentation. Elles provoquent des conflits entre les mineurs artisanaux et les coopératives qui les exploitent, ce qui aggrave encore la marginalisation des mineurs artisanaux. Les exploitations semi-industrielles constituent également un sujet de discorde pour les titulaires de concessions industrielles, car elles entraînent des pertes plus importantes.

  • Militarisation croissante – Les entreprises font appel à des services de sécurité privés et publics pour protéger leurs concessions contre les mineurs artisanaux, tandis que les coopératives soutenues par les élites font appel à la police et à l’armée pour défendre leurs intérêts. Les forces militaires ont été accusées d’intimidation et de comportements violents à l’égard des mineurs, ainsi que de collusion visant à faciliter l’exploitation minière clandestine. Leur présence alimente donc l’insécurité et l’exploitation des acteurs du secteur minier artisanal et entrave l’accès aux sites par les agents gouvernementaux légalement habilités.

Des mineurs artisanaux transportant des sacs de minerai à la mine de cuivre de Tilwizembe.

Outre certaines initiatives déjà lancées par le gouvernement, telles que les mesures de l’ARECOMS, ainsi que la création de l’Entreprise Générale du Cobalt (EGC) et du centre de négoce de Musompo, le rapport identifie d’autres pistes susceptibles de conduire à la formalisation du secteur de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle dans la province de Lualaba. Il s’agit notamment de mesures visant à encourager la fixation de prix équitables, un comportement responsable des coopératives et le respect des normes ESG. Pour relever les défis locaux urgents, il faudra également s’attaquer à des conflits sociopolitiques profondément enracinés, tels que la politisation des coopératives minières et la militarisation de la vie politique.

Le rapport présente une analyse globale des données collectées et des principales observations. Les données recueillies peuvent également être consultées sur la carte web interactive d’IPIS consacrée aux sites d’exploitation minière artisanale et à petite échelle, qui recense plus de 3 000 sites d’EMAPE en RDC. De plus, ces données peuvent être consultées et téléchargées via la page relative aux données en accès libre d’IPIS.

Initiative Bonne Gouvernance et Droits Humains (IBGDH) est une organisation qui œuvre à la promotion de la bonne gouvernance dans le secteur extractif en RDC et défend les droits humains ainsi que la protection de l’environnement. Elle défend les droits des communautés locales de la région minière du Lualaba afin de renforcer leurs revendications auprès du gouvernement et des entreprises minières.

Cette publication a été réalisée avec le soutien financier de l’Union européenne et de la Direction générale belge Coopération au développement et Aide humanitaire (DGD). Le contenu du présent document ne saurait en aucun cas être considéré comme reflétant la position de ces deux institutions.