Par Patient Birindwa, Point Focal d’IPIS en RDC

Établi en 2019, le projet « Madini Kwa Amani Na Maendeleo » (Minerais pour la paix et le développement) est une initiative du consortium composé d’International Alert, de l’Observatoire Gouvernance et Paix (OGP), du Bureau d’Études Scientifiques et Techniques (BEST), de Justice Plus (JP) et d’IPIS, avec l’appui financier du ministère des Affaires étrangères du Royaume des Pays-Bas.
Le projet collabore avec les communautés locales, les institutions gouvernementales, le secteur privé et la société civile afin d’améliorer la sécurité, de réduire les conflits, de renforcer la gouvernance et de promouvoir les droits humains dans les zones minières des provinces du Sud-Kivu et de l’Ituri, dans l’est de la République démocratique du Congo. Il encourage également la coopération pour garantir le respect des normes internationales en matière d’approvisionnement responsable en minerais. Dans ce cadre, le projet appuie des structures multi-acteurs locales et provinciales (SCLS, CLS, CTS et CPS1), chargées de la supervision des activités minières, et qui contribuent à la mise en œuvre des activités et à l’atteinte des objectifs du projet.
Le projet a entamé une deuxième phase le 1er août 2024, visant à consolider les acquis de la première phase. C’est dans ce contexte qu’IPIS, en charge des recherches qualitatives et quantitatives, a cartographié 75 sites miniers en Ituri, dans les territoires de Djugu, Irumu et Mambasa, entre février et avril 2025. Sur chaque site, l’équipe de recherche d’IPIS a collecté des données qualitatives et quantitatives à travers des observations et des entretiens avec divers acteurs, notamment des mineurs artisanaux, des chefs de sites et de puits, des membres de coopératives minières, des représentants des services étatiques, des négociants, ainsi que des autorités locales et des membres de la société civile. Au total, IPIS a interviewé 343 personnes, dont 75 femmes.
À l’issue de ces recherches, les résultats obtenus ont fait l’objet d’ateliers de restitution dans les territoires ci-dessus cités, à l’intention des comités de suivi des activités minières et des parties prenantes du projet, au cours du mois d’août 2025, sous la facilitation du point focal d’IPIS, les staffs de Justice Plus et l’équipe de recherche d’IPIS. L’objectif de ces restitutions était de partager avec les acteurs locaux les résultats de nos recherches afin de les rendre plus accessibles et disponibles, et de permettre à ces derniers de contribuer aux échanges et discussions, de les enrichir si nécessaire, ainsi que de s’approprier et de valider les rapports de résultats.
Déroulement des ateliers

Une fois sur le terrain, avec l’appui des équipes de Justice Plus et de l’équipe de recherche d’IPIS, la liste des participants aux ateliers de restitution a été ajustée en fonction du chronogramme des activités et mise à jour à Mambasa et à Irumu, selon la disponibilité des personnes ciblées et la pertinence des acteurs retenus. Le premier atelier s’est tenu le 19 août 2025 à Mambasa Centre, tandis que le second a été organisé le mercredi 27 août 2025 dans le village d’Olongba, dans le territoire d’Irumu. En raison de la situation sécuritaire, l’atelier de restitution prévu à Djugu n’a pas pu être organisé.
Parmi les participants figuraient notamment des exploitants miniers, des chefs de sites, des membres de coopératives minières, des représentants des services de sécurité et des services étatiques, des autorités locales, ainsi que des membres de la société civile. Il convient de signaler que certains d’entre eux sont membres des comités locaux de suivi des activités minières.
Les ateliers de restitution se sont articulés autour de plusieurs étapes clés, notamment :
- la présentation des résultats de la recherche ;
- les travaux en carrefour ;
- la restitution des travaux en carrefour ;
- la capitalisation des contributions des participants ;
- la formulation de recommandations par les participants.
Réflexions sur les ateliers
À l’issue de cette première expérience de restitutions locales des résultats de la cartographie des sites miniers dans le cadre du projet, les participants ont exprimé un vif intérêt et confirmé la qualité des données. Les présentations ont donné lieu à des échanges riches entre les participants autour des quatre thématiques principales (sécurité, contrôle de l’État, conflits et tensions sociales, santé). En outre, ils ont débattu de plusieurs défis majeurs, notamment la formalisation du secteur artisanal. Les participants ont exprimé un sentiment de satisfaction, d’autant plus que le projet Madini, à travers IPIS, a mené les recherches en collaboration avec les communautés et est revenu partager les résultats avec elles, tout en intégrant leurs commentaires dans les rapports.

Notamment, la recherche a mis en évidence les conflits et tensions vécus par les communautés, et les restitutions ont offert un espace inclusif de dialogue entre les acteurs pour en discuter librement et formuler des recommandations. De plus, les échanges ont permis de confronter les points de vue, certains affirmant l’absence d’interférences dans les activités minières, tandis que d’autres ont partagé des expériences contraires, appuyées par des exemples concrets observés sur certains sites et barrières routières. L’esprit des restitutions est de favoriser, à travers les échanges et discussions, l’émergence d’un consensus en plaçant chaque acteur face à ses responsabilités. Les services étatiques ont notamment évoqué le non-respect de certaines obligations par les acteurs miniers, tandis que ces derniers ont soulevé les difficultés liées à la multiplicité des services présents sur les sites miniers.
Les participants ont également approfondi leurs réflexions sur l’appropriation des résultats obtenus et ont formulé une série de recommandations pour chacune des thématiques susmentionnées, à différents niveaux de la chaîne – SCLS (groupement), CLS (chefferie) et CTS (territoire) – ainsi qu’à l’intention du gouvernement provincial, du gouvernement national et du projet Madini Kwa Amani Na Maendeleo.
A titre illustratif quelques recommandations qui ont été formulées :
- Irumu : Aux chefferies et territoires, en collaboration avec les structures multi-acteurs (SCLS, CLS et CTS), de trouver des solutions aux conflits identifiés qui sont liés aux limités administratives des différents villages du groupement Baviba ;
- Mambasa : Au projet Madini d’appuyer une mission d’itinérance du CTS et/ou du CPS afin qu’elle effectue une descente sur le terrain pour s’enquérir de manière approfondie des informations relatives aux agissements de certains éléments indisciplinés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), présents sur 18 sites miniers identifiés sur un total de 38, et d’engager un suivi auprès de la hiérarchie militaire et des autorités compétentes.
- Comités de suivi des activités minières à différents niveaux (sous, local, territorial, provincial). ↩︎

