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Les grands projets d’infrastructures comme outil de développement local ? Le pipeline d’exportation Niger-Bénin et son impact sur les communautés rurales au nord du Bénin

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Figure. 1 L’oléoduc d’exportation Niger-Bénin (NBEP) et son tracé au Bénin.

Opérationnel depuis mars 2024, le plus long oléoduc d’Afrique, le Projet de Pipeline Export Niger-Bénin (PENB), relie les champs pétrolifères d’Agadem, dans l’est du Niger, au port de Sèmè-Kpodji, dans le sud du Bénin (figure 1).

Cet oléoduc de 1 950 km de long a été construit dans le cadre d’un partenariat entre les gouvernements du Niger et du Bénin et la China National Oil and Gas Exploration and Development Company Ltd (CNODC), une filiale de la Société nationale du pétrole de Chine, qui finance le projet et en gère les opérations.

Le PENB est un investissement étranger majeur qui représente des enjeux économiques et stratégiques importants dans une région marquée par une instabilité politique et une insécurité croissante. Après le coup d’État de 2023 au Niger, les relations entre le Bénin et le Niger se sont détériorées, entraînant des perturbations dans la construction et les exportations. En 2024, divers groupes armés ont commencé à attaquer les infrastructures du pipeline et les forces de sécurité, notamment dans les zones où l’activité djihadiste s’est intensifiée, y compris la zone frontalière entre le Niger et le Bénin (voir figure 2).

Malgré ce contexte de plus en plus difficile, les enjeux du projet sont trop importants pour être abandonnés car, comme d’autres investissements dans des infrastructures à grande échelle, le PENB promet d’apporter des avantages significatifs tant à ses investisseurs qu’aux pays hôtes. Dans ces derniers, le projet PENB devrait générer un développement socio-économique tant au niveau national que local, grâce aux revenus fiscaux, à la création d’emplois et au développement d’infrastructures locales.

Au Bénin, la construction et l’exploitation d’un pipeline enterré de 687 km de long, d’une station de pompage et de raclage et d’un terminal maritime prévoyaient le recrutement de plus de 3 000 personnes, dont 350 à 500 pour des emplois permanents. La législation béninoise régissant le PENB définit des exigences claires en matière de contenu local, notamment le recrutement prioritaire de travailleurs locaux et des quotas pour les ressortissants béninois dans différents rôles et postes, ainsi que des prévisions de développement local grâce à des formations professionnelles et à des investissements dans les infrastructures des entreprises dans les communautés touchées par le projet.

De ce fait, le projet PENB présente clairement un potentiel pour stimuler le développement socio-économique du Bénin. Cependant, les expériences à travers le continent démontrent que les grandes infrastructures pétrolières peuvent également causer des dommages durables lorsqu’elles ne parviennent pas à prévenir, atténuer et remédier de manière adéquate à leurs impacts négatifs sur les communautés locales et l’environnement, tout en ne tenant pas leurs promesses en matière de développement local.

Figure. 2 Chronologie des événements marquants du
NBEP au Bénin (2017 – 2024).

Au Bénin, le développement du PENB devrait toucher directement 602 148 personnes vivant principalement dans des communautés rurales, où l’économie est essentiellement agricole et informelle et où le taux de pauvreté est élevé. Afin de permettre la construction du pipeline, des terres ont été expropriées, une approche couramment utilisée par les gouvernements pour mener à bien des projets d’intérêt public, mais qui est souvent controversée en raison des risques d’indemnisation inadéquate, de consultation insuffisante, de perturbation des moyens de subsistance et de conséquences sociales à long terme.

Afin de mieux évaluer le rôle du PENB dans la promotion du développement local, ainsi que son potentiel à atténuer ou à amplifier les tensions et les conflits locaux, cet article analyse les impacts socio-économiques, environnementaux et sécuritaires du PENB tels qu’ils sont vécus et perçus par les personnes et les communautés concernées dans le nord du Bénin. Il se concentre sur trois processus qui peuvent chacun avoir un impact significatif sur les communautés touchées et leur expérience du projet NBEP : (1) l’expropriation forcée, (2) la création d’avantages locaux et (3) la participation des parties prenantes.

Cette étude conduite par IPIS et le Laboratoire Société-Environnement (LaSEn) s’appuie sur 205 enquêtes semi-structurées menées dans huit villages concernés du département de Borgou, couvrant les districts de Bembèrèkè, N’Dali, Parakou et Tchaourou. Le département de Borgou est la deuxième région la plus peuplée du Bénin et la plus touchée par le projet PENB. Il s’agit également d’une région essentiellement rurale, dominée par l’agriculture, où la terre est essentielle à la subsistance et où l’insécurité foncière et les conflits fonciers sont courants, ce qui fait des questions foncières un facteur de risque critique dans la mise en œuvre du PENB.

En analysant les expériences et les perceptions locales, les auteurs offrent un aperçu concret des impacts locaux des grands projets d’infrastructures extractives, avec des conclusions largement applicables pour garantir que ces projets réalisent des ambitions de développement local durable qui respectent les droits des parties prenantes.

Ce rapport a été réalisé grâce au soutien financier de l’Union européenne. La traduction française a été financée par la Cooperation belge au développement. Le contenu du présent document ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de ces deux institutions.